Mardi passé, j’ai assisté avec beaucoup d’émotions aux témoignages d’enfants de victimes et de bourreaux de l’Holocauste dans le cadre du projet “2ème génération” conçu par la CICAD. En cette Journée internationale de la mémoire de l’holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, je partage avec vous le texte que j’ai rédigé pour la brochure de la CICAD qui accompagne ce projet.


La Shoah représente l’une des pires tragédies de l’histoire humaine. Elle est l’illustration terrifiante des conséquences de la rencontre entre un régime totalitaire et une haine de l’Autre poussée à son paroxysme.

Depuis 1961, date du procès Eichmann, la mémoire de la Shoah a été transmise par le témoignage direct, poignant, de centaines de survivantes et de survivants. Une parole précieuse, répétée parfois jusqu’au dernier souffle, qui a permis à plusieurs générations de réaliser que les discriminations peuvent conduire aux pires crimes contre l’humanité. Petit à petit cependant, ces mémoires vivantes s’éteignent ; et bientôt, il n’y aura plus de témoin direct de ce que fut la Shoah.

Dans ce cadre, il est de la responsabilité des collectivités publiques de s’engager pour que la mémoire perdure, notamment en informant et en sensibilisant les plus jeunes. A ce titre, la Ville de Genève est très heureuse de pouvoir soutenir l’excellent projet « 2ème génération » de la CICAD qui, en faisant entendre le témoignage de la discrimination endurée et infligée, favorisera une meilleure connaissance de l’Histoire. Par ailleurs, le dialogue entre descendant-e-s de bourreaux et de victimes devrait démontrer aux étudiant-e-s que la réconciliation est possible lorsque l’Autre est accepté dans sa différence.

Cependant, s’il est essentiel, le devoir de mémoire seul ne suffit pas. Depuis quelques années, des discours qui attisent la peur et le repli identitaire ressurgissent en effet aux quatre coins du monde. Dans plusieurs pays, sous l’effet d’une combinaison de facteurs (économiques, sécuritaires, démographiques), des partis populistes sont menés au pouvoir. Dans ce mouvement, la parole se libère et l’antisémitisme, comme toutes les autres formes de racisme, gagnent à nouveau du terrain.

Aujourd’hui, il est donc indispensable de multiplier les initiatives pour lutter contre la haine et toutes les formes de discriminations. Cela est d’autant plus essentiel que nous sommes loin, très loin, d’avoir tiré les leçons du passé; les génocides au Cambodge dans les années 1970 et au Rwanda dans les années 1990 l’illustrent tristement.

Au devoir de mémoire doit donc s’ajouter un devoir d’action. Pour les pouvoirs publics, cela signifie un engagement fort, déterminé, pour promouvoir le vivre-ensemble, le respect des différences, la compréhension mutuelle et le dialogue interculturel. C’est le parti pris en 2014 par la Ville de Genève, qui a mis en place une politique publique en matière de diversité, qui vise à endiguer toute forme de discrimination liée à l’origine ou à la culture. Sans nier les difficultés et les tensions, cette politique se focalise sur ce qui rassemble les individus et non sur ce qui les divise. Avec comme objectif d’œuvrer en faveur d’une ville plurielle et unie à la fois.

Ce n’est qu’en alliant le souvenir intangible du passé et une action déterminée dans le présent que nous parviendrons à édifier une société enfin débarrassée des stigmates de la haine.

 

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