Cette année, Le Courrier fête ses 150 ans d’existence. Plus ancien quotidien édité à Genève, journal d’information humaniste et progressiste, il représente pour notre ville, ses autorités et ses habitant-e-s, une véritable institution. Engagé, mordant, « irréductible » comme il se définit si bien, il allie militantisme et rigueur journalistique, combat contre les injustices et enquêtes de fond. Ces dernières années, face aux difficultés, il n’a cessé d’innover, de se réinventer, de se battre, pour continuer à exister. Il a prouvé la viabilité d’un modèle économique différent, puisqu’il est le seul quotidien en Suisse romande à être édité par une association sans but lucratif.

Alors que la presse est confrontée à une crise sans précédent, la Ville de Genève a souhaité marquer son attachement à ce beau journal et, plus globalement, à la diversité des opinions en soutenant l’organisation de cette année jubilaire.

Aujourd’hui, la diversité et la qualité de l’information sont en effet en danger dans notre pays. Alors que la Suisse a pu compter jusqu’à 406 journaux payants en 1939, on en recense actuellement moins de 200. La Suisse romande, en particulier, paye un lourd tribut. Au cours de ces derniers mois, nous avons assisté, impuissant-e-s, à des licenciements au sein des rédactions de 24 heures et de la Tribune de Genève, à la mort de L’Hebdo, à une restructuration du Temps, au regroupement du Matin et de 20 minutes, à la fusion des titres neuchâtelois L’Express et L’Impartial, ainsi qu’au regroupement des rédactions de la Tribune de Genève, de 24heures et du Matin Dimanche dans une rédaction unique à Lausanne en ce qui concerne l’information nationale et internationale, l’économie et le sport. La semaine passée, c’est l’ATS qui annonçait son intention de se mettre en grève, suite aux menaces de la direction de couper un quart des postes de l’agence.

Cette fonte progressive du tissu médiatique doit être mise en perspective avec la concentration des titres au sein de quelques grands groupes, dont l’objectif n’est pas la richesse de l’information. Or, dans une démocratie directe telle que la Suisse, où la population vote au minimum quatre fois par année, le rôle de la presse en tant que quatrième pouvoir est essentiel. La formation de l’opinion des citoyen-ne-s, le débat contradictoire, ne peuvent se réaliser sans des médias indépendants et critiques, qui rapportent, questionnent et mettent  en perspective l’actualité. Lorsque la diversité de la presse s’appauvrit, c’est notre démocratie qui est en péril.

Aujourd’hui, des mesures doivent donc être prises. Car des licenciements et de nouveaux processus de concentration ne manqueront pas d’intervenir en 2018.

Dans ce contexte, la question d’un soutien des pouvoirs publics à la presse se pose. Plusieurs pistes ont déjà été évoquées, notamment sur le modèle du subventionnement public des biens culturels, garantissant une indépendance des journaux. Mais en parallèle, il s’agit aussi de déterminer ce que l’on souhaite subventionner. Car si l’on doit se battre pour la qualité de l’information et la diversité des opinions, les pouvoirs publics ne peuvent objectivement pas subventionner des groupes de presse dont les bénéfices atteignent plusieurs centaines de millions chaque année.

Cette discussion sur l’avenir des médias est d’autant plus essentielle que le résultat de la votation sur la suppression des redevances Billag s’annonce serré. Or, si demain le financement des contenus devait se faire uniquement par le marché, beaucoup d’émissions peu rentables, en particulier consacrées à des thèmes politiques et de société, disparaîtraient. A présent, la menace sur la diversité médiatique et la formation de l’opinion citoyenne est donc double.

Dans ce contexte médiatique chahuté, l’histoire du Courrier, sa longévité, la fidélité de son lectorat rappellent une donnée essentielle : la population est prête à soutenir un journalisme de qualité. Il s’agit donc de se mobiliser pour le préserver.

Mots clefs: , , , , ,