Parfois, des choix difficiles s’imposent à nous. Ils disent beaucoup de ce que nous sommes, de nos orientations, de ce en quoi nous croyons. Ils permettent de nous définir. De marquer notre identité.

A Genève, la pénurie de lieux d’accueil pour femmes (avec enfants très souvent) est dramatique. Par manque de place, les foyers d’hébergement d’urgence sont contraints de refuser des demandes émanant de femmes voulant fuir des situations de violence conjugales. En même temps, des femmes qui ont obtenu une place d’hébergement d’urgence mais dont la situation s’est stabilisée sont contraintes d’y prolonger leur séjour, faute d’avoir trouvé une solution de relogement. Car dans notre Ville, ce que l’on appelle les logements relais sont rares, trop rares. Une fois l’urgence passée, ils permettent pourtant à celles qui ont vu leur vie basculer de se reconstruire progressivement et de se bâtir un nouvel avenir.

Depuis 2005, les associations féminines genevoises tirent la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, il manquerait au minimum 55 places d’urgence pour des femmes en danger et 40 places de logements relais. D’autres, moins optimistes, tablent plutôt sur 300 places de logements relais.

Dans un contexte aussi préoccupant, toute collectivité publique se doit de prendre ses responsabilités et d’agir là où les privés sont impuissants. Il en va de la mission du service public, de son action au service de l’intérêt général. Le Conseil administratif a donc pris ses responsabilités. Propriétaire d’une villa, située près du centre-ville, il a souhaité y installer une crèche et y créer des logements relais. Pour autant, le Conseil administratif n’a pas manqué à ses devoirs de propriétaire exemplaire. Les locataires actuels se sont ainsi vus proposer plusieurs solutions de relogement, parmi lesquelles un triplex de 5,5 pièces (124 m2) aux Pâquis pour un loyer mensuel de CHF 2’800.- et un appartement de 5 pièces (114 m2) à Rive pour CHF 3’000.-. Sans succès.

En théorie, il ne faut pas opposer les besoins. En pratique, nous n’avons malheureusement pas le choix. La Ville de Genève a des ressources et des surfaces limitées. Elle ne dispose pas de nombreuses alternatives. Le Conseil administratif a donc procédé à une pesée d’intérêts et a choisi de donner leur congé à ses locataires.

Mardi soir, le Conseil municipal a lui aussi fait un choix : en décidant de geler le crédit d’étude destiné au projet de crèche, en représailles à la résiliation des baux des locataires actuels de la Villa Ambrosetti, il a décidé de privilégier l’intérêt privé à l’intérêt public. Le message est clair. Et le signal donné à la population est fort.

Le Conseil administratif a naturellement pris note de cette décision et réfléchit à la suite qu’il donnera à ce dossier. Une chose est néanmoins certaine : mardi soir, le Conseil municipal est intervenu en dehors de son champ de compétence et s’est transformé en tribunal. Ce faisant, il a créé un précédent important, avec lequel il faudra désormais composer. Un précédent fort dommageable pour le plus grand nombre. Un vote qui traduit une pesée d’intérêts qui n’est pas politique mais qui ouvre les portes au clientélisme : le pire que l’on puisse souhaiter pour la commune et ses habitant-e-s.

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