Le 9 février prochain, le peuple suisse sera appelé à se prononcer sur l’initiative intitulée «Financer l’avortement est une affaire privée – Alléger l’assurance-maladie en radiant les coûts de l’interruption de grossesse de l’assurance de base». Ce texte rétrograde et dangereux, porté par un comité composé de membres des partis évangélistes, de l’UDC et du PDC, vise à supprimer la prise en charge des interruptions volontaires de grossesse (IVG) par l’assurance obligatoire des soins. En clair, si ce texte passe la rampe, seules les femmes qui disposent de moyens financiers suffisants pour régler la facture auront la possibilité d’interrompre une grossesse non désirée, dans des conditions sanitaires et psychologiques décentes.

Pour défendre ce texte révoltant, les initiant-e-s évoquent la diminution des coûts de la santé. Un argument qui ne résiste pas à l’examen, puisque le Conseil fédéral rappelle que les interruptions de grossesse ne représentent actuellement que 0,03% des 26 milliards à charge de l’assurance obligatoire, soit un montant insignifiant au niveau global. Le matériel de propagande des initiant-e-s est quant à lui beaucoup plus clair : il associe l’interruption volontaire de grossesse à un meurtre et affirme qu’en cas d’acceptation de l’initiative, la vie de 1000 enfants pourrait être « sauvée » chaque année…

On le comprend aisément : derrière cette initiative, se dessine la volonté, farouche, des milieux fondamentalistes d’abolir le droit à l’avortement. C’est pourtant bien 72% de la population qui plébiscitait en 2002 la solution dite des délais, reconnaissant ainsi l’interruption de grossesse comme un droit fondamental pour toutes les femmes en Suisse. Depuis lors, l’IVG ne s’est jamais banalisé. Le taux d’interruptions de grossesse s’est en effet maintenu à un niveau très bas dans notre pays (6,9 interruptions pour 1000 femmes de 15 à 44 ans), soit l’un des taux les plus faibles d’Europe.

Aujourd’hui, cette initiative anti-avortement doit être fermement combattue. Tout d’abord, parce qu’elle nie la liberté inaliénable des femmes à disposer de leurs corps. Ensuite, parce qu’elle remet en question le principe même de l’assurance de base : la solidarité. Finalement, parce que ce texte aurait des conséquences très graves sur la santé des femmes. Il impliquerait en effet inévitablement un retour aux avortements clandestins, dont on connaît les risques sanitaires et psychologiques. Plus globalement, ce genre d’attaques nous rappelle avec une gravité particulière l’importance de continuer à nous battre pour les droits des femmes et pour une société plus égalitaire. Nous ne sommes en effet pas à l’abri de retours en arrière dangereux et clairement nuisibles.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn
Mots clefs: , , , ,