Lundi passé, une année après avoir repris le Département de la solidarité et de l’emploi (DSE), Isabel Rochat faisait le point sur le chômage. L’analyse de la Conseillère d’Etat étonne et questionne sur le manque inquiétant de vision d’ensemble du canton sur la problématique de la réinsertion professionnelle.

En effet, une fois de plus, les résultats présentés par le DSE se sont cantonnés au survol du dispositif mis en place par l’Office cantonal de l’emploi (OCE). On sait pourtant, depuis de nombreuses années, que la réinsertion professionnelle doit être traitée de manière globale, en questionnant bien sûr le dispositif cantonal de lutte contre le chômage, mais également l’aide sociale, l’offre de formation et le marché du travail. Face à des problématiques profondément interconnectées, il s’agit d’avoir une vision d’ensemble, une vision macro que le canton rechigne décidément à adopter. Dans la même optique, on ne peut que regretter l’absence d’analyse sur le fonctionnement de l’OCE, alors même qu’un préavis de grève a été voté par le personnel pour le 19 septembre prochain.

Au titre des mesures phares annoncées par la Conseillère d’Etat, figure son intention de lancer, cet automne, un audit du système des emplois de solidarité cantonaux (EDS). Ici aussi, difficile de cacher sa déception. Car cinq années après l’entrée en vigueur de la Loi en matière de chômage (LMC), on s’attendait à mieux, à plus : en clair, à un vrai bilan, nourri, fouillé, sur l’un des principaux maillons de l’arsenal cantonal de lutte contre le chômage.

Cette analyse de fond semblait d’autant plus essentielle que les EDS sont controversés. Les syndicats, notamment, dénoncent un système qui précarisent les bénéficiaires et crée un climat de sous-enchère salariale. Surtout, ils mettent en évidence l’une des principales lacunes du système : l’insuffisance de programmes de formation, pourtant partie intégrante de la mesure. En 2007, au moment de la votation sur la LMC, les partisans de la révision nous avaient pourtant vendu un projet censé augmenter l’employabilité des demandeur-euse-s d’emploi. Or aujourd’hui, le constat est clair : la formation des EDS reste au « bon vouloir » des structures employeuses. Et faute de moyens suffisants, beaucoup y renoncent.

On le comprendra aisément : les EDS ne sont qu’un symptôme d’un dispositif global qui fonctionne mal. Comme souvent, le canton ne donne pas les moyens aux systèmes qu’il crée d’être efficaces. Ici, il aurait fallu des moyens supplémentaires, spécifiquement alloués par le canton au renforcement de la formation et de l’encadrement des bénéficiaires. Rien n’a été fait.

Comme souvent face aux manquements du canton, les communes prennent le relai. La Ville de Genève est ainsi amenée, par le biais de son Fonds chômage, à subventionner le volet « formation » de nombreuses associations, parmi lesquelles quelques-unes proposent des EDS. Ces financements complémentaires de la Ville permettent aux associations soutenues de mettre en place des formations qualifiantes et offrent un encadrement approprié pour les bénéficiaires. Ce faisant, la Ville offre une chance au système cantonal de fonctionner et aux personnes en recherche d’emploi de gagner en employabilité.

Reste que cela demeure nettement insuffisant. Si le canton veut véritablement lutter contre le chômage à Genève, il n’aura d’autre choix que d’allouer des moyens dans la formation et l’encadrement.  Dans le cas contraire, la nouvelle loi en vigueur ne sera qu’une vaste supercherie.

Annexe : Rapport d’activités Fonds chômage 2012

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