Hier, nous fêtions le 1er août sur la Plaine de Plainpalais. Voici le discours que j’ai prononcé à cette occasion :

Excellences,

Chers ami-e-s,

Je suis très heureuse que vous soyez venus aussi nombreuses et nombreux aujourd’hui sur la Plaine de Plainpalais pour fêter comme il se doit la fête nationale suisse. Cet événement constitue en effet une belle occasion de nous retrouver, avec nos proches, nos amis, notre famille, dans la diversité culturelle et générationnelle qui caractérise Genève, afin de partager ensemble un moment convivial et de célébrer les valeurs fondatrices de notre pays que sont la liberté, la tolérance et l’ouverture au monde.

La Suisse ne s’est pas construite en un jour. Elle est le fruit de plusieurs siècles d’histoire, d’alliances et de négociations. D’abord constituée de trois cantons alpins, elle s’est étoffée au fil du temps, jusqu’à rassembler sous un même drapeau 26 entités culturellement et économiquement très différentes, 26 populations qui n’avaient en commun que leur proximité géographique : catholiques et protestants, mais aussi paysans et citadins, alémaniques, italophones, francophones et romanches.

Aujourd’hui, avec ses 8 millions d’habitants, ses quatre langues officielles, sa dizaine de dialectes et ses 167 traditions vivantes, la Suisse est toujours un modèle de diversité. Elle est un exemple de société plurielle, qui repose sur la culture du consensus, sur la tolérance et sur l’ouverture à l’autre. Elle est une société qui, traditionnellement, inclut plus qu’elle n’exclut. Et un pays qui n’existe que par l’application du principe de solidarité.

« Un pour tous, tous pour un ».

Voilà la devise suisse. Un héritage fort laissé par nos ainés, qui nous rappellent que la solidarité est le véritable ciment de notre pays. Le seul, peut-être, à concrétiser notre communauté de vie et de destin, alors que tout pourrait opposer notre peuple, enraciné dans ses différences linguistiques, religieuses et politiques.

« Un pour tous, tous pour un ». Cela signifie que nous sommes toutes et tous liés, que nos existences sont unies. Quelle que soit nos différences, nos appartenances culturelles ou la couleur de notre peau.

Alors que certains craignent que notre pays se replie sur lui-même, il est essentiel d’évoquer cette identité nationale et de rappeler que sans ouverture, sans acceptation de la différence, sans solidarité, la Suisse telle que nous la connaissons n’existerait tout simplement pas.

Chaque année, le 1er août représente donc aussi un moment important pour réaffirmer ces valeurs fondatrices, pour dire notre attachement au dialogue et au multiculturalisme.

Pour la Ville de Genève, le 1er août représente également une jolie opportunité de créer des ponts avec d’autres régions de Suisse. Dans ce cadre, j’ai choisi cette année de mettre à l’honneur le canton du Jura et ses nombreux atouts. Je remercie d’ailleurs très chaleureusement Monsieur le Président de la République et du canton du Jura, Michel Probst, Monsieur le vice-président Charles Juillard et Madame la Ministre Elisabeth Baume-Schneider pour leur présence à nos côtés.

La région du Jura a plusieurs points communs avec Genève. Anticonformiste, le Jura s’est  distingué à plusieurs reprises, lors d’importantes votations, par son esprit progressiste et son attachement aux acquis sociaux. Comme Genève mais contre la majorité des cantons et du peuple suisse, le Jura a par exemple accepté l’adhésion à l’Espace économique européen en 1992 ainsi que l’assurance maternité en 1999 et a refusé de diminuer les prestations de l’assurance chômage en 2002.

A Genève, comme dans le Jura, nous partageons une importante frontière avec la France et nous sommes davantage tournés vers l’extérieur que vers l’intérieur. Ainsi, dans nos deux cantons, se pose actuellement la question de la région transfrontalière et de la construction d’un avenir commun avec nos voisins.

A Genève, cette thématique prend une importance particulière. Car aujourd’hui, l’agglomération franco-valdo-genevoise regroupe près d’un million d’habitant-e-s qui évoluent chaque jour côte à côte, dépassant la logique des frontières. Un million d’habitant-e-s confrontés aux mêmes problèmes, que ce soit en matière de logement, d’emploi, de mobilité ou encore de sécurité. Un million d’habitant-e-s qui constituent au final une véritable communauté de destin et qui doivent apprendre à affronter, ensemble, les défis urbains actuels.

A présent, l’enjeu principal pour la région est le maintien d’une véritable qualité de vie pour toutes et tous, ainsi que la recherche d’un indispensable équilibre. Alors, au même titre que la construction de notre pays, la région transfrontalière se construit, progressivement, pas après pas. Elle se nourrit des différences qui existent de part et d’autre de la frontière, tout en se fondant sur un socle solide de valeurs communes. La construction de ce « Grand Genève » représente  une nouvelle étape de l’histoire de Genève, une étape nécessaire où se dessineront les solutions de demain. Nous devons en être fiers, revendiquer cette évolution. Car elle est absolument essentielle.

La fête du 1er août  nous rappelle également cela : n’ayons pas peur de nous allier à l’autre. N’ayons pas peur de nous ouvrir et de partager nos préoccupations. Car, c’est ensemble que nous sommes les plus forts. C’est en étant solidaire, unis vers un but commun, que nous pourrons affronter sereinement les défis à venir.

Alors que certains misent sur la division, sur le rejet, sur la stigmatisation pour gagner quelques voix, rappelons-nous que notre tradition et le sens même de notre histoire commune sont fondés sur la solidarité. Face aux assauts populistes et aux discours extrémistes, rappelons-nous qu’être Suisse, c’est avant tout être ouvert à la différence. Et que c’est dans la diversité que réside la force, la beauté et la richesse de notre nation.

Je vous remercie toutes et tous pour votre attention et vous souhaite une excellente continuation de soirée.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn
Mots clefs: , , , ,