Impossible pour le badaud d’imaginer ce qui se cache derrière cette porte du quartier du Seujet. Car, lorsqu’on la franchit, un parfum de campagne nous envahit immédiatement. Ça sent le foin et le blé, le soleil et la terre. Une odeur qui chatouille les narines et fait du bien.

Dans les rayons de ce dépôt alimentaire, il y a de l’orge perlé et des flocons d’orge, de la polenta, du boulgour et des pâtes à l’épeautre ou encore du jus de raisin et de l’huile de colza. Tous ces produits sont issus de l’agriculture de proximité genevoise ; en clair, ils ont été produits à Gy, Athenaz ou Meinier par des agriculteurs/trices du canton selon des modes de production intégrée (PI) ou biologique.

Le dépôt est géré depuis une année par l’Affaire TourneRêve. Cette association genevoise, fondée en 2003, a comme objectif de promouvoir une agriculture contractuelle de proximité en rétablissant un dialogue entre la ville et la campagne. Pour ce faire, l’association a mis en place un système ingénieux de panier alimentaire contractuel : en contrepartie d’un contrat signé et payé à l’avance, les consommateurs/trices reçoivent, en deux fois, un panier rempli de légumes, de fruits et de céréales cultivés dans la région. Par cet engagement, les consommateurs/trices peuvent déguster des produits frais et de saison, rémunérés à un prix juste et cultivés selon des méthodes connues. Ce faisant, ils et elles participent directement au maintien d’une agriculture paysanne durable autour de la Ville de Genève.

En 2011, plus de 1’500 personnes ont souscris un contrat avec l’Affaire TourneRêve, mettant en lumière la demande de la population genevoise pour des produits locaux, de qualité et de saison.

Forte de ce succès et dans l’optique de renforcer davantage encore les circuits courts (en limitant le nombre d’intermédiaires entre producteur et consommateur), l’association a souhaité étendre le principe contractuel à des collectivités, des cuisines et des points de vente en Ville de Genève. Mais les membres de l’Affaire TourneRêve ont rapidement réalisé qu’il s’agirait d’un travail de longue haleine, bien différent de celui initié avec les particuliers. En effet, ici, il s’agit d’abord de démarcher les client-e-s potentiel-le-s en leur faisant découvrir les produits issus du terroir genevois, de tisser ensuite un lien de confiance avec eux/elles avant d’imaginer conclure des contrats annuels. Signe de cette particularité, l’association a rapidement été confrontée à des demandes ponctuelles de produits, auxquelles il lui était difficile de répondre au vu des distances entre les agriculteurs/trices et le centre-ville. Cela s’est avéré d’autant plus problématique que l’agriculture de proximité cherche à diminuer les transports entre lieu de production et lieu de consommation ; un objectif inconciliable avec des demandes ponctuelles et répétées.

C’est ainsi qu’est née l’idée d’un lieu de stockage de produits de garde au centre-ville. Epaulée sous l’angle financier par la Ville de Genève, l’Affaire TourneRêve a ouvert son dépôt alimentaire en mai 2011. Depuis cette date, ce lieu inédit et innovant fait le lien entre les lieux de production et de consommation.

Actuellement, l’association ­répond déjà aux demandes de 2 cantines scolaires, 10 épiceries de quartier et 4 restaurants, par des livraisons à vélo. C’est ainsi par exemple que l’on retrouve du boulgour estampillé « Affaire TourneRêve » en plein cœur des Pâquis dans l’épicerie Les Mangeurs et de l’huile de colza dans la cantine scolaire de l’école des Plantaporrêts à la Jonction. A noter également que le stock initial a entièrement été écoulé, preuve du succès rencontré par le projet.

Les mangeurs, aux pâquis

A ce jour, aucun contrat n’a encore été formellement signé. Mais la jeunesse du projet comme les réactions positives quant à la qualité des produits semblent de très bon augure pour l’avenir.

Pour en savoir plus : Site web de l’association

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