Entre le 1er février 2008 et le 29 février 2012, 971 personnes ont été engagées en emploi de solidarité (EdS) dans des associations et des fondations du canton de Genève. Pour rappel, les EDS permettent depuis 2008 à des chômeuses et chômeurs en fin de droit d’occuper un emploi au sein d’organisations sans but lucratif, actives dans l’économie sociale et solidaire genevoise. Après 4 années d’existence, quel bilan peut-on en tirer ?

Ma position face aux emplois de solidarité reste critique. En effet, si je peux reconnaître, d’un point de vue pragmatique, l’importance de permettre à des demandeurs et demandeuses d’emploi en fin de droits d’avoir accès à une activité professionnelle dans des structures qui produisent des biens et des services d’intérêt collectif, je suis néanmoins consciente des problèmes posés par les EdS.

En 2008 déjà, lors des débats sur la nouvelle loi cantonale sur le chômage, partis de gauche, syndicats et structures de l’économie sociale et solidaire avaient pointé du doigt les problèmes inhérents aux EdS : salaires insuffisants, manque de possibilités de formation, critères d’accès trop limités et contradiction de fond entre l’idée de « l’emploi-tremplin » et le caractère « indéterminé » de la durée des EdS.

Depuis, la grille salariale des EdS a été réévaluée à la hausse (+ 225 CHF par mois pour chaque niveau salarial) et leur accès a été étendu (cf. nouvelle loi sur l’insertion et l’aide individuelle 2012). En revanche, la formation des EdS reste au « bon vouloir » des structures employeuses et aucun moyen supplémentaire n’a été spécifiquement alloué pour renforcer le volet formation des EdS.

En tant que Conseillère administrative en charge du Fonds chômage, j’ai depuis deux ans l’occasion de suivre au plus près le développement de quelques structures qui emploient des personnes en EdS (Genève Roule, Caddie Service, L’Orangerie, T-Interaction, Label Bobine, Bienvenue). Je ne peux que témoigner de leurs efforts et de leurs engagements sur le terrain pour répondre à l’objectif de création d’emplois fixé par le Canton, tout en visant à la réinsertion des personnes dans le marché ordinaire et en garantissant une bonne gestion économique et financière de manière à assurer des activités qui génèrent de l’autofinancement. Sur ce dernier point, je tiens cependant à relever un certain paradoxe à attendre de ces structures une capacité d’autofinancement alors même qu’on leur impose de développer des activités qui ne concurrencent pas le marché de l’emploi dit « ordinaire » (soit « rentable »)…

Pour ce qui est de la contradiction de fond entre l’idée de l’emploi-tremplin et le caractère pérenne de l’emploi de solidarité, il me semble qu’elle n’est toujours pas assumée politiquement par celles et ceux qui font du « taux de retour à l’emploi dans le marché ordinaire » l’unique mesure de l’efficacité des EdS. Cette contradiction prend d’autant plus d’importance quand on sait qu’une part importante des emplois de solidarité sont occupés par des personnes dont les chances d’insertion sur le marché ordinaire, tel qu’il se vit aujourd’hui, sont fortement réduites en raison de leur âge, de leur manque de formation, d’un parcours professionnel peu qualifiant ou d’une situation personnelle ou familiale difficile.

Dans un marché du travail toujours plus compétitif et plus spécialisé, où les emplois peu ou pas qualifiés sont en voie de disparition, il parait pour le moins urgent de faire évoluer le discours politique sur les emplois de solidarité de manière à mieux prendre en compte la réalité de celles et ceux pour qui l’emploi de solidarité constitue l’unique chance de travailler. Cette reconnaissance aurait le mérite de nous faire sortir de l’illusion que l’on peut tout attendre des structures d’insertion et nous permettrait d’avoir enfin à Genève un débat constructif et serein sur les causes du chômage.

En tant que commune impliquée dans le développement des emplois de solidarité, je m’engage à ce que le Ville participe activement au débat sur les emplois de solidarité et travaille à l’amélioration des conditions-cadres.

Pour en savoir plus :

Deuxième numéro de la lettre d’information “Nouvelles des emplois de solidarité”

Ils ont créé des emplois de solidarité! 

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