A Genève, de plus en plus de jeunes sont en situation de rupture scolaire, sociale et professionnelle. En témoignent l’explosion des chiffres du chômage chez les moins de 25 ans – qui ont plus que doublé entre 2000 et 2010 – comme les chiffres de l’aide sociale : en 2011, 13% des demandes d’aide émanaient de jeunes âgé-e-s de 18 à 25 ans. Surtout, on estime que pour la seule Ville de Genève, plus de 500 jeunes se trouveraient actuellement dans un processus de désaffiliation, combinant absence de travail et rupture du lien social. En clair, 500 jeunes qui, pour la plupart, ont « décroché » de leur formation scolaire ou professionnelle et qui se retrouvent sans qualification, exclu-e-s du marché du travail, sans réelle perspective d’avenir. Des parcours faits de cassures, conduisant souvent à une précarité durable.

Face à cette réalité préoccupante, la réinsertion sociale et professionnelle des jeunes peu qualifié-e-s doit être une priorité des pouvoirs publics. Consciente de cette nécessité, la Ville de Genève promeut et soutient, depuis quelques années déjà, des programmes innovants en matière de réinsertion des jeunes. Parmi ces programmes, le projet VIA (Vers l’Intégration et l’Autonomie) se distingue.

Ce projet, soutenu par le Fonds chômage de la Ville de Genève, est développé depuis 2009 par l’association la Boite à boulot. Il s’adresse à des jeunes âgé-e-s de 15 à 25 ans, domicilié-e-s en Ville de Genève, sans formation achevée et sans activité, et leur propose un processus permettant de renouer progressivement avec un projet de formation, une activité professionnelle ou un projet personnel. Grâce au relais des travailleurs sociaux hors murs de la Ville de Genève, le programme VIA atteint les jeunes là où ils et elles sont, dans une politique de proximité et de quartier. Une permanence d’accueil permet également aux jeunes de se rendre, tous les mardi et jeudi après-midi, dans les locaux de l’association, à la rue des Vieux-Grenadiers, pour un premier entretien.

L’accompagnement individuel des jeunes par un travailleur social représente le cœur du projet. Il rend possible, au fil des entretiens, l’établissement d’une relation de confiance et permet au travailleur social d’aider la ou le jeune à reprendre confiance en lui, à surmonter ses précédents échecs, à leur donner du sens ainsi qu’à se projeter plus positivement dans l’avenir. Ensemble, ils/elles abordent différentes questions, la problématique professionnelle étant parfois accompagnée d’autres soucis (famille, logement, dépendances, …)

Au fil des rencontres, le travailleur social et  le/la jeune élaborent ensemble un projet réaliste : formation scolaire ou SEMO lorsque le parcours scolaire réduit les possibilités de formation professionnelle, stages rémunérés au sein de services de la Ville de Genève, d’associations et d’entreprises partenaires lorsque cela est possible. Entre novembre 2009 et octobre 2011, 67 jeunes ont ainsi effectué des stages grâce au processus VIA.

Il s’agit évidemment d’un travail de longue haleine, plusieurs mois étant souvent nécessaires avant que la ou le jeune se sente prêt à se lancer dans un nouveau projet. Mais le travail accompli semble porter ses fruits. Actuellement, 24 jeunes sont en effet en suivi « post via » : 10 ont repris une formation scolaire, 11 ont commencé une formation professionnelle (CFC) et 3 ont trouvé un travail en entreprise. S’il s’agit d’une première étape – l’idée n’étant pas seulement qu’ils/elles initient une formation mais bien qu’ils/elles la mènent à son terme -, elle n’en reste pas moins très encourageante.

Dans le contexte de crise économique actuel, où le marché du travail agit comme une véritable machine à exclure, le processus VIA prend tout son sens et s’affirme plus que jamais comme un projet essentiel à Genève.

Le parcours de Jean-Marie :

Lorsque Jean-Marie arrive en Suisse, il a 10 ans. Il intègre une classe de 6ème primaire, mais rapidement, l’écart avec les autres élèves se fait sentir. On le dirige alors vers une classe de regroupement spécialisé où il passe deux années. C’est ainsi que débute un parcours scolaire parallèle, plus compliqué que pour la majorité des adolescents.

En effet, entre 13 et 15 ans, à la place du cycle d’orientation, Jean-Marie doit suivre les cours de l’Ecole de formation préprofessionnelle de Saint-Gervais. Il enchaine avec deux années au sein du Service des classes d’accueil et d’insertion (SCAI) où il réalise ses premiers stages dans le domaine de la plomberie et de l’installation sanitaire. A 17 ans, ne trouvant pas d’emploi en raison de son manque de qualifications, Jean- Marie s’inscrit au chômage. Il participe pendant 6 mois au Semestre de Motivation (SEMO) où il effectue à nouveau des stages. Engagé par la suite comme aide-monteur dans une entreprise, il est malheureusement licencié après 10 mois pour motif économique. Jean-Marie a alors 19 ans. Et ne trouve plus de débouchés.

C’est sur les conseils de l’un de ses amis que Jean-Marie s’adresse, en décembre 2010, au projet VIA. Depuis cette date, il est suivi par Vincent Tournier, l’un des travailleurs sociaux de VIA. Après plusieurs stages dans différentes entreprises et services de la Ville, Jean-Marie a depuis peu une nouvelle opportunité : un stage d’électricien dans une entreprise de la place, qui pourrait déboucher sur un CFC s’il réussit les tests qu’il doit bientôt passer. Cela ressemble au bout du tunnel. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Jean-Marie a récemment été sacré champion suisse de karaté, un sport qu’il ne pratique que depuis une année. Preuve que le processus VIA atteint son objectif, en permettant un cheminement global vers l’intégration et l’autonomie.

 

Pour en savoir plus :  Site de la Boite à boulot

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