Premier billet de  l’année sur un sujet qui me passionne et me tient à coeur: l’analyse critique des politiques de la redistribution des richesses. Maintes fois je l’ai écrit et déclaré: à Genève comme ailleurs, malheureusement, l’écart entre les plus riches et les autres se creuse. Ce phénomène prend de l’ampleur. Il m’inquiète et devrait nous inciter à le contrecarrer.

 

Source: rapport de l’OCDE, 2011

C’est pourquoi je vous rends attentifs et attentives au dernier rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), intitulé « Toujours plus d’inégalité : Pourquoi les écarts de revenus se creusent ». Ce document met en lumière le fait que dans les 34 pays membres de l’organisation, l’écart entre les riches et les pauvres n’a jamais été si important depuis 1980.

D’une manière générale, l’OCDE estime que le revenu moyen des 10% les plus riches de la population représente environ 9 fois celui des 10% les plus pauvres, soit un ratio de 9 à 1. Ce fossé entre les ménages s’accroit partout y compris dans des pays pourtant considérés comme égalitaires tels que la Suède ou le Danemark, où l’écart est passé de 5 à 1 dans les années 1980 à 6 à 1 aujourd’hui. A titre de comparaison, cet écart est de 10 à 1 en Corée, en Italie, au Japon et au Royaume-Uni, de 14 à 1 aux États-Unis, en Israël et en Turquie, et dépasse 25 à 1 au Chili et au Mexique. En Suisse, le ratio est de 7 à 1, soit un peu en-dessous de la moyenne de l’OCDE, mais à un niveau cependant alarmant.

Comment expliquer cet accroissement généralisé des inégalités entre les revenus des ménages ? Selon l’étude de l’OCDE, le facteur explicatif déterminant est l’augmentation des inégalités salariales au sein du marché du travail. En effet, les salaires représentent 75 % du revenu total des ménages pour la population d’âge actif. Or, selon l’étude, à quelques très rares exceptions (Espagne, France et Japon), les salaires du décile des travailleurs les plus riches ont progressé beaucoup plus rapidement par rapport à ceux du décile des travailleurs les plus pauvres. En clair, les travailleurs bien rémunérés l’ont été encore davantage tandis que la rémunération des plus pauvres n’a pas ou peu bougé. Selon l’étude, plusieurs facteurs ont contribué à faire progresser ces inégalités salariales. Ainsi, les progrès technologiques qui ont davantage profité aux travailleurs les plus qualifiés, les réformes de réglementation, l’accroissement du travail à temps partiel, le rétrécissement du périmètre des conventions collectives, les mutations structurelles des familles ou encore l’affaiblissement du rôle des systèmes de prestations sociales et des impôts dans l’atténuation des inégalités.

Face à cette hausse des inégalités de revenus et à la kyrielle de défis économiques, sociaux et politiques qu’elle crée, l’OCDE tire la sonnette d’alarme et invite les pouvoirs publics à agir, rapidement et durablement, pour renverser cette tendance.  Trois grands axes d’action sont préconisés.

Tout d’abord,  stimuler l’emploi et plus particulièrement encourager son accès aux catégories sous-représentées sur le marché du travail, soit les jeunes, les seniors, les femmes et les migrants. Pour l’OCDE, il s’agit non seulement de créer de nouveaux emplois, mais également de veiller à ce que les emplois existants permettent d’éviter la pauvreté, ou d’en sortir. Référence évidente au scandaleux phénomène des working poor.

Deuxième axe, investir dans le capital humain. En améliorant d’une part la formation professionnelle des moins qualifiés (formation continue) pour contribuer à stimuler le potentiel de productivité et les revenus futurs du travail. En assurant ensuite un accès égal à la formation institutionnalisée pendant la vie professionnelle.

Finalement, repenser les politiques fiscales et sociales dans la lutte contre les inégalités. Comme le notent les auteurs de l’étude, « malgré les gains importants qu’engrangent les travailleurs à haut revenu de certains pays, l’imposition du revenu a joué un rôle relativement mineur de modération des tendances à la hausse des inégalités. La raison en est que les tendances à la baisse de l’imposition du revenu d’un côté, et à une plus grande progressivité de la taxation de l’autre, ont eu des effets redistributifs opposés et se sont en partie annulés. » Pour renverser cette tendance, l’OCDE propose plusieurs pistes, parmi lesquelles le relèvement des taux marginaux d’imposition du revenu, la recherche d’une meilleure discipline fiscale, la suppression des allégements fiscaux et la réévaluation du rôle de l’impôt vis-à-vis de l’ensemble des formes de patrimoine, transferts d’actifs compris.

A méditer donc.

Pour plus de détails, je vous invite à consulter cette étude.

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