Courant décembre 2011, le magazine Bilan publiait son désormais traditionnel numéro « Les 300 plus riches de Suisse ». A sa façon, ce numéro met en exergue le fait qu’en Suisse, les riches sont toujours plus riches.

En 2010, la fortune cumulée des 300 personnes les plus riches a ainsi avoisiné 481 milliards de francs, soit 11 milliards de plus qu’en 2009. Le nombre de milliardaires établis en Suisse a également augmenté pour atteindre 140. D’une manière générale, depuis le début du classement établi par Bilan en 1989, la fortune totale des 100 plus riches a sextuplé, passant de 66 milliards de francs à 385 milliards de francs.

En tête de l’édition 2011 des 300 plus riches de Suisse, trône toujours le fondateur d’Ikea, Ingvar Kamprad, avec ces 35 milliards de francs. Les familles Hoffmann et Oeri (13 milliards – pharma) et la famille Brenninkmeijer (13 milliards – textile) complètent ce podium. Malgré la crise, certains ont vu leur fortune tripler, à l’image du CEO de Glencore, Ivan Glasenberg, dont la fortune atteint désormais les 6.5 milliards de francs…

D’une manière générale, on observe une concentration grandissante des richesses. Selon le magazine, 4.33% de la population se partage ainsi 750 milliards de francs ou autrement dit 58.7% de la fortune totale suisse, tandis que 56.8% de la population ne détient que 25.6 milliards de francs, soit 2% de la fortune totale ! Cette concentration des richesses est encore plus forte si l’on ne considère que le haut et le bas de l’échelle. Ainsi, les contribuables les plus riches représentant 0.18% de la population contrôlent 310 milliards de francs, soit 24.28 % de la fortune totale, alors que 1.2 millions de personnes ne possède aucune économie !

Cette concentration des richesses est également géographique. C’est à Zurich que l’on compte le plus grand nombre de contribuables riches, avec 2475 contribuables disposant de plus de 10 millions de francs. Suivent ensuite Genève (814), Berne (666) et Vaud (652).  Quant aux milliardaires, la majorité se trouve à Genève (36), Zurich (16), Vaud (15) et dans le canton Grisons (10).

Ces chiffres donnent évidemment le vertige. Et posent plusieurs questions. Ils interrogent d’abord  notre société et les inégalités qui la composent. Ils questionnent ensuite notre modèle fiscal, qui attire toujours plus de très riches contribuables sur le sol helvétique : la moitié des détenteurs de ces 300 fortunes colossales sont en effet des ressortissants étrangers. A l’heure où la majorité des pays européens augmentent leur taux d’imposition sur les hauts revenus, la légitimité des forfaits fiscaux accordés par la Suisse aux riches ressortissants étrangers doit être questionnée. La crise économique devrait certes orienter notre réflexion vers une plus grande solidarité entre contribuables. Mais surtout, favoriser l’émergence d’une fiscalité plus redistributive des plus riches aux moins riches, pour que chacun contribue au développement de notre société à la hauteur de ses moyens. Et que disparaissent les avantages octroyés à ceux qui en ont le moins besoin.

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