Mardi matin, la Tribune de Genève revenait sur les chiffres publiés par l’Office cantonal de la statistique (OCSTAT) concernant la fiscalité des entreprises actives à Genève. Il ressortait de cet article qu’en 2008, les entreprises ont payé 1,4 milliard de francs à Genève (canton et communes) et 893 millions de francs à la Confédération. Le secteur financier (335 millions), le commerce de gros (243 millions) et l’horlogerie (196 millions) ont étés en 2008 les secteurs les plus profitables. A noter également que ces résultats portent sur les 21’766 entreprises taxées définitivement en 2008, soit 82% des entreprises actives à Genève cette année-là.

Pour Genève, cela représente beaucoup d’argent. En 2008, les impôts sur le bénéfice et le capital des personnes morales représentaient en effet 20% des recettes fiscales de l’Etat. Une manne financière conséquente pour les caisses publiques, qui trahit un phénomène inquiétant: l’hyper-dépendance des collectivités publiques à l’égard des entreprises implantées à Genève, dont de très nombreuses (plus de 900) sont des multinationales.

Inquiétant, mais pourquoi ? Un exemple :

A Genève, parmi les sociétés dont l’activité est liée au commerce de gros (243 millions de recettes fiscales), se trouvent toutes les sociétés spécialisées dans le négoce de pétrole. Cette activité a explosé ces dernières années dans l’arc lémanique, jusqu’à faire de notre ville la deuxième place mondiale pour l’achat et la vente de pétrole et de matières premières (derrière Londres). En 2009, on estimait ainsi que plus d’un tiers des 30 millions de barils qui s’échangent chaque jour dans le monde étaient négociés à Genève. Or, la venue à Genève de ces sociétés ne doit rien au hasard. Elle coïncide exactement avec l’augmentation des pressions fiscales sur les entreprises en Europe et plus particulièrement en Grande-Bretagne. Genève, avec sa fiscalité très avantageuse pour les entreprises (12%), est apparue comme un lieu idéal pour de nombreuses multinationales actives en la matière qui ont décidé de déplacer leur siège de Londres dans la cité de Calvin.

Or, la venue même de ces sociétés à Genève montre qu’elles sont très volatiles et qu’elles n’hésitent pas à déménager lorsque les conditions financières deviennent plus attractives ailleurs. Au moment où l’Union européenne fait pression sur la Suisse pour qu’elle adapte sa fiscalité aux normes européennes, nous devons nous inquiéter d’une telle dépendance.

Dans un monde changeant, où les entreprises déménagent au gré des conditions fiscales qui leur sont proposées, miser sur les rentrées fiscales des entreprises multinationales pour nourrir les caisses publiques est une stratégie risquée. Je l’ai déjà dit, je le répète : pour affronter l’avenir sereinement, Genève devrait avant tout développer son économie locale et réduire sa dépendance financière à l’égard des grandes sociétés multinationales.

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