« En 2010, le salaire médian en Suisse s’est élevé à 5’979 francs bruts par mois. Les 10% des salariés les moins bien rémunérés ont gagné moins de 3’953 francs et les 10% les mieux payés ont reçu un salaire supérieur à 10’833 francs ». Résultat de l’enquête suisse sur la structure des salaires 2010, office fédérale de la statistique.

En date du 15 août 2011, la Ville de Genève a publié dans la Feuille d’avis officielle un appel d’offres portant sur l’adjudication de contrats de nettoyage de bâtiments administratifs et publics des services de la ville. Entre autre chose, la Ville de Genève fixait comme condition de participation la garantie à un salaire décent aux employé-e-s du secteur du nettoyage ainsi que leur formation.

A noter que le surcoût induit par ces mesures était pris en charge par la Ville de Genève et non pas par les sociétés qui, par hypothèse, auraient remportés les lots. Cette approche innovante constituait une première en Suisse et de nombreuses entreprises se sont déclarées intéressées et ont demandé et obtenu le dossier d’appel d’offres.

Le 25 août 2011, quatre entreprises ont recouru contre l’appel d’offres de la Ville et ont demandé son annulation. Le 18 octobre 2011, la Chambre administrative de la Cour de justice a annulé l’appel d’offres au motif que celui-ci violait la liberté économique.

En ma qualité de Conseillère administrative en charge du département des finances et du logement de la Ville de Genève, je n’entends pas, via mon action, remettre en cause le principe de liberté économique protégée par la Constitution fédérale. En revanche, face notamment aux résultats publiés dans l’enquête suisse sur la structure des salaires pour 2010, je suis convaincue, que d’autres principes que celui de la seule liberté économique doivent être valorisés.

Dans une ville comme Genève où le coût de la vie est très élevé, prétendre pouvoir vivre avec un salaire de 3’953 francs relève de l’hypocrisie. Cette hypocrisie a pour effet de condamner des personnes à faire appel à l’aide sociale et ce malgré le fait qu’elles sont salariées.

J’estime que ces « working poors» sont un non-sens économique et politique et il en va de la responsabilité d’une collectivité publique d’utiliser les moyens dont elle dispose pour y mettre fin.

Parmi les moyens que je souhaite utiliser, les marchés publics constituent un outil intéressant. En effet, par ce biais, je souhaite favoriser un modèle économique qui place l’humain au centre de son développement en donnant leur juste place aux critères sociaux et environnementaux.

Le développement durable de notre Ville et à une plus large échelle de notre canton et de notre région ne pourra pas se faire sans la prise en compte de facteurs autres que purement économiques. Il en va de la responsabilité des élu-e-s, tous partis confondus, de mettre en œuvre dès aujourd’hui les mesures nécessaires afin que notre développement profite à toutes et tous et ne prétérite pas celui des générations futures.

Ce week-end, les citoyen-ne-s de la Ville de Genève ont manifesté leur soutien à cette approche en plébiscitant à 51,5% l’initiative visant à l’instauration d’un salaire minimum à Genève et je ne peux que m’en féliciter.

J’estime qu’avec son appel d’offres sur le nettoyage la Ville de Genève est en phase avec la population qu’elle représente. Dès lors, j’entends poursuivre dans cette voie en déposant un nouvel appel d’offres susceptible à la fois de respecter les conclusions de l’arrêt de la Chambre administrative tout en garantissant les salaires que j’estime adéquats.

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