« Normalement, l’économie doit être subordonnée à la politique et la politique à la morale. Or, aujourd’hui, la politique est subordonnée à la finance. (…) Le tout financier arrange une infime partie de la population et met le reste dans la misère. Il faut être lucide ! (…) La politique reprendra le contrôle le jour ou le peuple l’aura décidé, soit par les urnes, soit avec des pavés »

Alexandre Wohlwend, banquier, trader et CEO d’ Arabesque Wealth Management

Savez-vous à qui Monsieur Mario Monti, le nouveau chef du gouvernement italien, a adressé l’une de ses premières déclarations ? Aux marchés ! Et savez-vous ce qu’il avait de si urgent à leur demander ? Que ces derniers lui laissent du temps. Constat : la première priorité des politicien-ne-s est de rassurer les marchés. Etrange quand on sait que les populations d’Europe sont frappées de plein fouet par la crise.

L’exemple le plus frappant à mes yeux reste la Grèce, berceau, faut-il le rappeler, de la démocratie. La population grecque subit de plein fouet les errements d’un système financier mondial qui a déraillé. Bien sûr les grecs et leurs édiles sont en partie responsables de la situation actuelle. Cela étant, les mesures d’austérité que connaît actuellement ce pays semblent ne devoir frapper, et ce de manière particulièrement dure, que celles et ceux qui sont les moins favorisés du système.

Faire porter le chapeau de la faillite de la Grèce aux seuls fonctionnaires, petits commerçants et autres chauffeurs de taxis soi-disant véreux, c’est une chose mais, semble-t-il, ça n’est pas suffisant, il faut en plus que ces derniers l’acceptent sans broncher. Quand Monsieur Georges Papandréou, ancien premier ministre émet la possibilité d’organiser un référendum sur le plan de sauvetage que l’Europe entend imposer à la Grèce, c’est la levée de boucliers. Le peuple grec n’a pas les compétences nécessaires pour pouvoir se prononcer sur des enjeux aussi cruciaux et compliqués arguent certains, et en plus, c’est un très mauvais signal envoyé aux marchés ajoutent-ils.

Résultat, Monsieur Papandréou est débarqué séance tenante et remplacé par Monsieur Papadimos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne et surtout, ancien gouverneur de la banque de Grèce au moment où ce pays négociait son entrée dans la zone Euro. Pour rappel, cet exercice s’était soldé par un maquillage généralisé des comptes de l’Etat grec avec l’aide de grandes banques internationales. Alors si les marchés peuvent être rassurés par l’arrivée de Monsieur Papadimos aux affaires, moi je ne le suis pas !

Messieurs Berlusconi et Papandréou ne sont que deux exemples parmi d’autres de ce qui se passent actuellement. Peut-être étaient-ils incompétents, ou même irresponsables, cela étant, tout démocrate devrait leur concéder au moins une qualité, ils s’agissaient d’élus du peuple. Partant, seul le peuple aurait dû être en mesure de leur signifier leur congé et non pas telle ou telle agence de notation soutenue pour l’occasion par certains décideurs politiques soucieux de ne pas contrarier les marchés.

Car le marché n’est rien d’autre qu’une construction désincarnée, un concept qui ne repose sur aucune légitimité démocratique. Les politiques en revanche tirent leurs légitimités de leur élection par le peuple et ont pour vocation de servir le plus grand nombre. Tel n’est pas toujours le cas mais alors, rien n’empêche au souverain de ne pas renouveler sa confiance.

Cette confiance, c’est ce qui donne leur légitimité aux femmes et aux hommes politiques, c’est ce qui fait leur force et leur impose de ne pas céder devant les marchés sous peine d’en être réduit au rôle de spectateur-trice-s inféodé-e-s et donc tôt ou tard d’être sanctionné-e-s « soit par les urnes, soit avec des pavés ».

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