Photo Stéphane Pecorini

Genève et l’arc lémanique sont en plein boum. On grandit vite, très vite même. Mais, au fait, comment se développe-t-on ? Au bénéfice de qui ? Oui, c’est vrai après tout, à l’heure où tout le monde parle de durabilité. Quel développement souhaitons-nous et quel développement nous propose-t-on ?

Le Conseil d’Etat genevois a sa recette et cette dernière fonctionne plutôt bien : un mix sexy de politique économique qui favorise l’arrivée d’entreprises étrangères (promotion exogène) et une réduction de la fiscalité afin de rester attractif (baisse d’impôts sur les personnes physiques votée en septembre 2009 et acceptée par le peuple, suppression de la taxe professionnelle, révision de la péréquation fiscale et baisse des impôts pour les entreprises).

Rester compétitifs et attractifs : qui oserait s’opposer à une telle volonté politique ? Comme dit l’adage populaire « mieux vaut être riche, beau et en bonne santé que le contraire ». Toutefois, à y regarder de près, le modèle de croissance aujourd’hui proposé pose problème. Pénurie de logement, loyers inabordables, centre-ville déserté de ses commerces de proximité, monoculture du luxe et du tertiaire à forte valeur ajoutée, crise de la mobilité….

Ce modèle entraine un effet centrifuge qui repousse la classe moyenne à l’écart du centre.

J’ajoute à cela un constat fiscal. A Genève, 1/5 des contribuables les plus fortunés gagnent en totalité autant que le 4/5 restant.

Eh oui, le modèle de croissance proposé par le Conseil d’Etat genevois convient vraisemblablement très bien à certain-e-s mais pas au plus grand nombre.

C’est pourquoi, je voudrais que nous soyons nombreuses et nombreux à demander un aggiornamento. Pour ma part, je pense que nous avons besoin d’un projet politique qui vise la durabilité. Un projet qui bénéficie à toutes et tous. La politique de développement de Genève et de sa région doit être cohérente et encadrée. Elle ne doit pas se faire au détriment de la qualité de vie des habitant-e-s. Quel bénéfice en retirons-nous ?

Le développement durable ce n’est pas uniquement le développement économique mais aussi le développement social et environnemental. Le Conseil d’Etat doit s’en souvenir et revoir sa copie.

A ce titre, en qualité de responsable des finances de la Ville de Genève, je sais que la fiscalité est un levier déterminant pour développer Genève et de la région. C’est pourquoi je propose de cesser le dumping fiscal, pratique où nous sommes passés maîtres et laisser aux villes et communes la capacité financière de répondre aux besoins de leurs habitant-e-s.

Il faut cesser les appels du pied aux entreprises de spéculations financières, entreprises volatiles qui remplissent les caisses à court terme mais peuvent aussi rapidement les vider (cf. crise mondiales d’octobre 2008). Il est largement temps de cesser de jouer aux apprentis sorciers. Plutôt que de privilégier un modèle de développement économique bling-bling qui s’incarne exclusivement dans la monoculture du luxe et de la finance, il faut favoriser un tissu économique diversifié qui permette à toutes et tous de trouver un emploi rémunérateur. Parallèlement, il faut développer les infrastructures, construire du logement et s’appuyer sur une fiscalité juste et équitable. C’est de cela dont Genève a besoin.

Lisez l’article de l’Hebdo en lien avec le sujet: Croissance de l’arc lémanique : Ceux qui disent stop!

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