Rémy Pagani, Patrice Mugny, Sandrine Salerno et Pierre Maudet. ©pascal frautschi

“L’initiative de l’UDC est néfaste pour Genève!”. C’est la position unanime que le Conseil administratif de la Ville de Genève a exprimée mercredi dernier lors d’une conférence de presse. La liste des griefs est longue contre ce texte “pour le renvoi des étrangers criminels”. En ma qualité de Maire, je dénonce la menace que ce scrutin fait planer sur les efforts des autorités pour valoriser la diversité genevoise.

L’image de la Ville de Genève risque aussi d’être sérieusement écornée. En tant que municipalité hôte de plusieurs grandes organisations internationales, Genève se doit de respecter le droit international, sous peine de se discréditer durablement aux yeux des gouvernements étrangers… Depuis l’interdiction des minarets par le peuple suisse, le regard de l’opinion publique internationale et des médias sur notre pays a changé. Un nouveau vote “anti-étrangers” serait très mal perçu.

Le texte contrevient aux engagements pris par la Suisse. Comme l’ont rappelé plusieurs experts, l’Accord de libre circulation des personnes (ALCP) n’autorise l’expulsion d’étrangers du territoire suisse que si ces derniers “menacent gravement l’ordre, la sécurité ou la santé publique”. Ce qui n’est évidemment pas le cas d’un pickpocket, par exemple.

Le texte de l’UDC est également discriminatoire, car contrairement aux Suisses auteurs de délits, les étrangers seraient sanctionnés deux fois. Une fois par le droit pénal, l’autre fois par le droit des étrangers. Cette double peine est insupportable.

A Genève, l”écrasante majorité des étrangers (40% de la population) est très bien intégrée. Comment continuer de vivre ensemble si les citoyen-ne-s sont sont constamment sollicité-e-s pour stigmatiser l’autre. Il faut préserver l’énergie et les efforts que nous produisons pour construire des solidarités, développer des passerelles entre communautés, au lieu de détruire à coup d’initiatives excessives qui sont autant de bombes à retardement pour la cohésion sociale dans notre pays.

Moralement, la démarche de l’UDC est inacceptable. Elle attise la xénophobie et le racisme, car elle sous-entend que tous les étrangers sont potentiellement des criminels. A cause de l’UDC, on ne parle des étrangers qu’en termes de menace, au lieu de relever qu’ils constituent une richesse pour notre pays en termes de force de travail et sur le plan culturel.

Criminels étrangers: unanime, l’exécutif de la Ville combat l’initiative de l’UDC, Tribune de Genève, 11 novembre 2010

Dossier sur le renvoi des criminels étrangers, Le Temps, 11 novembre 2010

“Une propagande digne de l’Allemagne des années 1930”, Le Courrier, 10 novembre 2010

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